Critique L'Odyssée : certains films vous font l'effet d'une claque. Pas nécessairement au sens négatif du terme, mais dans le sens où vous sortez de la salle avec l'impression d'avoir vu quelque chose de différent, quelque chose qui vous oblige à poser votre manteau et à y réfléchir sérieusement avant de reprendre le cours de votre soirée. L'Odyssée de Nolan, sorti en salles le 17 juillet 2026, est de ceux-là. Adaptation de l'épopée d'Homère par Christopher Nolan, le film s'appuie sur un budget de 250 millions de dollars, un casting parmi les plus imposants de l'année, et une ambition technique qui n'a franchement pas d'équivalent récent dans l'industrie. Mais au-delà des chiffres, ce qui m'a frappé, c'est ce sentiment d'aventure que je pensais avoir rangé au fond d'un tiroir, quelque part aux côtés des films qui m'avaient donné le goût du grand spectacle dans ma jeunesse. Ce film-là, on ne l'attendait pas forcément de cette façon.
Critique L'Odyssée : une prouesse technique et sonore qui mérite le déplacement
Commençons par ce qui frappe d'emblée. L'Odyssée de Nolan est le premier long-métrage de l'histoire du cinéma entièrement tourné avec des caméras IMAX 70mm. Ce n'est pas anodin. Pour donner une idée de l'ampleur de la chose, l'équipe a capturé plus de deux millions de pieds de pellicule, soit environ 379 miles de négatifs physiques, le tout en six mois de tournage étalés de février à août 2025. Les équipes se sont déployées au Maroc, en Grèce, en Italie, en Écosse, en Islande, au Sahara occidental et à Malte. Autrement dit, Nolan ne s'est pas contenté de créer l'illusion, il est allé chercher la réalité là où elle était.
Derrière la caméra, c'est Hoyte van Hoytema, collaborateur régulier de Nolan depuis Interstellar, qui signe la photographie. Les images de la flotte d'Ulysse en pleine mer sont d'une majesté qui justifie à elles seules le format.
Les scènes d'action, quant à elles, se jouent en grande partie dans une quasi-obscurité, éclairée uniquement par des feux vacillants, ce qui leur confère une intensité et une proximité inhabituelle pour ce type de production. On sent que Nolan s'est inspiré de Ray Harryhausen, le maître des effets spéciaux pratiques, ainsi que de grands films historiques tels que Andrei Rublev (1966) et Ran (1985) : la texture est artisanale, ancrée, rarement confortable.
Côté son, la démarche est tout aussi radicale. Nolan a confié la bande originale à Ludwig Göransson, compositeur oscarisé notamment pour Oppenheimer, en lui imposant une contrainte simple et vertigineuse : pas d'orchestre. La raison est implacable : l'orchestration symphonique n'existait pas à l'âge de Bronze. Göransson a donc travaillé à partir d'instruments anciens reconstitués, notamment l'aulos et des lyres primitives, auxquels il a ajouté des synthétiseurs, des voix et des chants iso-polyphoniques albanais du Sud. Le résultat est une bande sonore à la fois archaïque et immersive, qui participe pleinement à l'atmosphère du film. En Dolby Atmos, la dynamique est saisissante, avec une dynamique et une profondeur de champ sonore qui rendent l'expérience particulièrement convaincante. Ce n'est pas le genre de partition que l'on siffle en sortant, mais c'est exactement celle dont ce film avait besoin.
Critique L'Odyssée : des acteurs au service d'un mythe revisité
Il serait facile de critiquer les libertés prises avec le texte d'Homère. Le casting color-blind, la structure narrative non linéaire typique du réalisateur, quelques ajouts scénaristiques autour du personnage d'Argos, le chien d'Ulysse, ou de la relation élargie entre Ulysse et Télémaque : tout cela ne manquera pas de faire grincer quelques dents chez les puristes. Matt Damon lui-même, interrogé par Time Magazine, a pourtant résumé la chose de façon assez claire : Nolan est très fidèle à Homère parce que ce n'est pas quelqu'un que l'on réécrit, mais thématiquement, l'angle choisi est réellement intéressant. Et c'est précisément là que réside l'essentiel.
Matt Damon incarne Ulysse avec une gravité sobre qui lui sied particulièrement bien. On peut avancer sans trop se mouiller que c'est le rôle le plus exigeant et le plus complet qu'il ait eu depuis Will Hunting, il y a près de trente ans. Loin de la figure héroïque et triomphante que l'on pourrait attendre d'une telle adaptation, son Ulysse est un homme marqué par vingt ans d'absence, rongé par la culpabilité de ses choix, et qui cherche autant à retrouver Ithaque qu'à se retrouver lui-même. Il y a une justesse dans son interprétation qui rend le personnage attachant sans jamais tomber dans la facilité.
Autour de lui, le casting s'acquitte de sa tâche avec sérieux. Anne Hathaway compose une Pénélope digne et nuancée, loin du simple personnage d'attente que l'on connaît du texte originel. Tom Holland, dans le rôle de Télémaque, est convaincant dans sa quête identitaire, même si son personnage reste en retrait par rapport à d'autres. Robert Pattinson, en Antinoüs, incarne la menace avec une fluidité froide et calculée qui fonctionne très bien à l'écran. Charlize Theron en Calypso et Zendaya en Athéna assurent leurs rôles avec présence, même si leurs temps à l'écran demeurent limités. Et Samantha Morton, dans le rôle de Circé, livre peut-être la performance la plus étrange et la plus mémorable du lot : une sorcière humanisée, insaisissable, profondément ambiguë, qui dépasse largement la figure archétypale d'Homère.
Ce que Nolan réussit particulièrement, c'est d'installer un sentiment d'aventure authentique, une tension entre le monde réel et le surnaturel, où les dieux sont presque absents et où les monstres sont traités avec un réalisme de proximité qui rappelle davantage le cinéma de genre que la fantasy grand spectacle. J'ai retrouvé dans certaines séquences, notamment lors de la confrontation avec le Cyclope, quelque chose du cinéma d'aventure qui m'avait marqué bien plus jeune. Ce frisson du danger et de l'inconnu que proposaient les productions des années 80, Le Choc des Titans de 1981 pour ne citer que lui. Ce n'est pas de la nostalgie gratuite : c'est l'effet d'un cinéma qui choisit de croire à ses images plutôt que de tout noyer sous les effets numériques.
Quant au fond, Nolan fait le choix de traiter L'Odyssée de Nolan comme une méditation sur la culpabilité et le poids de la guerre, le sac de Troie étant représenté non pas comme une victoire glorieuse mais comme une atrocité dont Ulysse ne parvient pas à se défaire. C'est un parti pris qui donne au film une résonance contemporaine inattendue, et qui explique en partie pourquoi le récit ne se déploie pas de façon linéaire : nous vivons les événements comme les souvenirs désordonnés d'un homme profondément traumatisé.
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Le film est encore en salles, et il cartonne : avec près de 700 millions de dollars de recettes mondiales, L'Odyssée de Nolan s'impose comme l'un des plus gros succès de l'année 2026. Il serait donc dommage de ne pas anticiper pour les amateurs de support physique. Une édition 4K Ultra HD est attendue aux alentours de novembre ou décembre 2026. Pour un film tourné entièrement en IMAX 70mm avec une bande sonore pensée pour le Dolby Atmos, la version homecinéma promet d'être une expérience à part entière pour les configurations les plus exigeantes. Ce n'est pas tous les jours qu'un film de cette envergure technique peut se retrouver dans votre salon dans des conditions aussi fidèles à ce que le réalisateur a conçu.
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Cette critique L'Odyssée montre avant tout que le film n'est pas parfait, et il serait malhonnête de le prétendre. Certains choix narratifs pourront laisser sur leur faim celles et ceux qui attendaient une adaptation plus proche du texte d'Homère. Mais en tant qu'objet cinématographique, le film impressionne par son ambition, sa rigueur formelle et la cohérence de son propos. C'est un grand film de voyage, dans tous les sens du terme. Reste à savoir si le temps lui accordera la place qu'il mérite dans la filmographie de son réalisateur.
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