The Blood of the Dawnwalker est une grande réussite pour le premier jeu de Rebel Wolves. Ne le considérer que comme une resucée sanguinolente de The Witcher 3 serait une erreur. Une hérésie, même. Tout n’est pas parfait dans ce RPG médiéval fantastique en monde ouvert, loin s’en faut. Mais ses qualités intrinsèques, comme le non manichéisme de l’œuvre, les combats frénétiques ou la marche inexorable du temps, m’ont happé pendant les 30 heures nécessaires pour boucler une première fois l’aventure. De là à faire oublier les défauts agaçants ? Pas complètement, mais suffisamment pour en faire facilement abstraction. Un voyage mémorable et irrésistible dans les Carpates cauchemardesques du XIVe siècle. Test de The Blood of the Dawnwalker réalisé sur Xbox Series X à partir d’une version commerciale.
Test The Blood of the Dawnwalker : La peste, le choléra, ou les deux ?
Coen, 50 % humain, 50 % vampire, 100 % antihéros
L’action de The Blood of the Dawnwalker se déroule en 1347, à Val Sangora, une vallée enclavée dans les Carpates. La région est ravagée par la peste noire et les guerres, tandis que le tyran local applique une gestion pour le moins brutale et expéditive de l’épidémie. Pour lui, les gestes barrières consistent à trucider le premier bougre venu à la moindre toux. Dès les premiers instants, ce jeu de Dark Fantasy nous plonge dans un monde à la fois fantastique et crédible, où Val Sangora va troquer un tyran contre un autre…
La nuit est notre principale alliée
En effet, une bande de Vrakhiri, des vampires menés par leur chef Brencis, va prendre le pouvoir et endiguer la peste. Chouette, pourrait on penser. Mais comme rien n’est jamais offert, ils vont instaurer un impôt de sang. Après avoir stoppé la maladie en partageant une partie de leur propre sang, les Vrakhiri vont organiser la région comme un immense racket de plaquettes. Ambiance.
The Blood of the Dawnwalker utilise ainsi ses vampires comme une métaphore assez transparente de l’oppresseur qui, sous couvert d’apporter une solution, impose ensuite sa domination.
Certains décors gothiques font mouche
Au milieu de tout cela, nous contrôlons le jeune Coen, fils de paysan qui tente de survivre dans cette nouvelle société. Après une insurrection ratée et moult péripéties, il se retrouve transformé en Vespéral : vampire la nuit et humain le jour. Il rassemble donc le meilleur des deux mondes pour nous autres joueurs, mais pour lui, cela signifie également être jalousé, méprisé et haï de tous.
Oui, cela rappelle la condition de Geralt de Riv. J’y reviendrai plus loin. Toujours est il que sa famille est enlevée afin de participer à une gigantesque cérémonie sacrificielle prévue dans 30 jours et 30 nuits. Il s’agit là du moteur principal du jeu, qui va rapidement nous obséder : le temps.
Test The Blood of the Dawnwalker : Tic tac, tic tac, tic tac…
Des tours de synchronisation, des points d’interrogation, rien de très original…
Ce compte à rebours constamment affiché à l’écran va occuper toutes nos pensées et influencer chacune de nos actions. En trente jours et trente nuits, Coen va devoir se renforcer, trouver de l’équipement, recruter des alliés, éliminer la clique de Brencis, aider la population ou, au contraire, la précipiter encore davantage dans l’abîme afin de gagner en puissance.
Dans The Blood of the Dawnwalker, il y a énormément à faire mais, désolé pour les complétionnistes, tout ne peut pas être accompli. Il faut faire des choix. C’est évidemment frustrant, mais surtout brillant.
Le passage du temps se décide. Valider ou annuler ?
Je reviens à la comparaison avec The Witcher, dont la filiation est évidente. Pour caricaturer, The Blood of the Dawnwalker s’apparente à un scénario dans lequel Geralt partirait immédiatement à la recherche de Ciri au lieu de passer son temps à la taverne à enchaîner les parties de Gwent.
Bon, il l’aurait probablement retrouvée en deux heures et il n’y aurait jamais eu de The Witcher 3. Vive le Gwent quand même.
Dans The Blood of the Dawnwalker, en revanche, pas de distractions inutiles, pas de défis de course ni de mini jeu incompréhensible dans les tavernes. Tout est centré sur cette épée de Damoclès que représente la limite des 30 jours. Cette échéance sanglante concentre et cloisonne le monde, à l’image de la chaîne de montagnes qui enferme la vallée et notre terrain de jeu.
Les trésors sont nombreux, idéal pour améliorer ses chances de succès et remplir sa bourse…
Et cela fonctionne. Pendant les trente heures nécessaires à mon premier run, j’ai été scotché. D’autant plus que la gestion du temps est particulièrement maligne.
Le temps ne s’écoule véritablement que lors d’actions clairement identifiées. Pas de mauvaise surprise. Le temps passe parce que le joueur le décide et valide lui même ce choix. Ainsi, Coen peut déambuler à l’infini et explorer librement le monde. En revanche, lorsqu’il vide un camp de bandits, aide un paysan dans le besoin ou termine une mission secondaire pour la résistance, par exemple, le temps avance.
Test The Blood of the Dawnwalker : L’heure tourne
Ouvrir une tombe qui débouche sur une vaste galerie. Le rêve pour le Dr Jones
Je reviens sur la frustration de ne pas pouvoir tout faire. Elle est totalement volontaire de la part de Rebel Wolves. Moi aussi, j’aime compléter une carte à 100 % et ne plus voir le moindre centre d’intérêt non validé. Ici, il faut accepter d’en faire le deuil.
Avec ses points d’interrogation et ses quelques tours de synchronisation, le monde ouvert reste très classique. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le cycle jour nuit, qui transforme radicalement la navigation.
En vampire, Coen peut se téléporter et atteindre des lieux inaccessibles à un humain. Des possibilités qui disparaissent donc totalement lorsque le jour se lève.
Parfois, mieux vaut ne pas trop s’attarder sur certaines textures, notamment celles des armures
De toute façon, le gameplay nocturne est largement plus plaisant que celui de jour. C’est particulièrement vrai au début du jeu, lorsque Coen est encore peu développé.
Il n’est pas simple d’équilibrer ces deux phases de jeu, qui peuvent chacune durer plusieurs heures réelles manette en main. Rebel Wolves n’y parvient pas totalement, et l’exercice semble de toute manière presque impossible.
Même avec l’ajout de capacités magiques pendant la journée, déambuler la nuit sous la forme d’un vampire reste beaucoup plus jouissif. La sensation de puissance est irrésistible. Heureusement, même si l’équilibrage n’est pas parfait, plus le temps passe, moins on ressent l’envie de précipiter les heures diurnes.
Se téléporter de toit en toit, quel régal.
De jour avec la magie, comme de nuit avec ses pouvoirs vampiriques, Coen va devoir se battre. L’épée reste la constante, quelle que soit l’heure.
Les combats à l’épée m’ont d’ailleurs rappelé une version plus accessible et plus arcade de ceux de Kingdom Come.
Pour attaquer ou parer, il faut orienter correctement le stick gauche afin de porter ou de bloquer un coup. Avec un peu d’entraînement, on enchaîne avec virtuosité les attaques, les esquives et les parades.
Le principal problème, particulièrement rageant, reste le ciblage parfois récalcitrant des ennemis. Il est occasionnellement difficile de passer rapidement d’un adversaire à un autre. Malgré cela, les affrontements sont violents, sanguinolents et parfaitement cohérents avec l’ambiance générale du jeu. C’est brutal.
Test The Blood of the Dawnwalker : Pour qui sonne le glas
Le jeu est gore, malsain et ultra violent. Classification 18+ largement justifiée
The Blood of the Dawnwalker est un action RPG doté d’arbres de compétences qui, eux non plus, ne pourront jamais être intégralement complétés. Là encore, il faut faire des choix et accepter la frustration qui en découle.
En parlant de choix, certaines décisions prises au cours de l’aventure sont majeures et vont directement conditionner la fin. D’autres semblent plus anodines, mais il est particulièrement plaisant de recroiser plus tard un personnage que l’on avait aidé au cours d’une mission apparemment banale.
Qu’elles soient principales ou secondaires, les quêtes sont bien écrites et réjouissantes à suivre. Elles démontrent un véritable savoir faire dans la manière de raconter et de mettre en scène les histoires.
Lors d’une attaque, la direction de la parade nous est indiquée. Ici, j’ai préféré effectuer une esquive arrière
Un savoir faire que l’on retrouve également sur le plan technique. The Blood of the Dawnwalker n’est certes pas le plus beau jeu du monde et certaines textures peuvent faire tiquer, mais l’ensemble reste dans la moyenne haute des productions du genre.
Pour le dire simplement, The Blood of the Dawnwalker a de la gueule, un véritable cachet et une patine bien à lui. En 30 heures de jeu, je n’ai par ailleurs subi qu’un seul crash. Une belle performance.
Le visage de Coen est plutôt réussi. Celui de certains autres PNJ l’est un peu moins
The Blood of the Dawnwalker est un AA intégralement doublé en français, preuve qu’une localisation poussée relève avant tout d’une volonté éditoriale.
La musique, sobre et magnifique, mêle voix féminines et instruments à cordes. Elle rappelle parfois d’autres productions comme la série The Witcher ou Kingdom Come, en faisant la part belle au folklore et aux sonorités locales.
Test The Blood of the Dawnwalker : Conclusion
The Blood of the Dawnwalker sonne comme le début d’une nouvelle épopée à la The Witcher. Excusez du peu.
Ce premier épisode est un action RPG résolument destiné à un public adulte, aussi bien dans sa forme que dans son fond. D’un côté, le macabre et le gore se mêlent à la banalité sordide et cruelle de la misère paysanne. De l’autre, les thèmes abordés, le désespoir et cette sensation de courir partout tout en ayant l’impression de faire du surplace face au destin de Val Sangora rendent l’expérience vertigineuse mais irrésistible.
La gestion du temps reste le concept central et unique de The Blood of the Dawnwalker. C’est elle qui donne tout son sel à l’aventure.
Sans cela, il resterait un bon jeu de rôle et d’action à terminer en une trentaine d’heures. Mais avec cette échéance inéluctable et programmée, The Blood of the Dawnwalker sort véritablement de l’ordinaire et devrait rester dans les mémoires.
Tout n’est pas parfait, mais l’œuvre parvient à nous obséder de bout en bout. Elle nous oblige à garder constamment un œil inquiet sur le temps restant et à peser le pour et le contre avant la moindre mission.
Tic tac, tic tac. Quelle sera votre prochaine action ? Jouer à The Blood of the Dawnwalker ? Bonne décision. Ce ne sera pas une perte de temps.
La note est trop sévère ? Pas assez sévère ? Vous avez des informations supplémentaires à apporter ? N’hésitez pas à commenter ^^